Registres de l'Academie

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Protokoll des 2. Februar 1769

Du Jeudi 2 Fevrier (1769)
Présens :

Le Sécretaire a lu une Lettre de S. M. qui enjoint à l’Académie de ne rien publier de ce que l’Impératrice de Russie lui a envoyé Sans la permission de S. M. I.

[Item] une Lettre de M le Comte de Solms, qui mande que les Volumes des Mémoires de l’Académie étant arrivés, ont été remis à S. E. M. le Grand-Maître de Panin, pour être présentés à S. M.I. quand Elle le permettra.

Il a remis une Réponse du Grand Directoire au Sujet des Pieces envoyées pour le Prix du dit Directoire.

M. Beguelin a lu les Observations Météorologiques du mois passé.

M. Merian a fait une Proposition touchant la Bibliotheque de l’Académie, dont ci-joint la Copie.

Il a continué Son Mémoire Sur le Probleme de M. Molyneux.

Proposition touchant la Bibliothèque de l’Académie

Je vous demande, Messieurs, un moment d’audience sur une proposition que j’ai à faire touchant la Bibliothèque de l’Académie.

Cette Bibliothèque, comme vous savez, consiste en deux parties séparées. La premiere comprend les livres de Mathématique et de Physique qui avoient autre-fois appartenu à la Bibliothèque Royale, et que le feu Roi en fit détacher en 1735, pour les donner à la Société Royale. C’est un dépôt auquel, sans une permission expresse, nous n’oserions toucher.

La seconde partie est une collection de livres distribués selon les 4 Classes dont l’Académie est composée. Elle s’est accrue peu à peu, par des donations, par des acquisitions, et par les ouvrages imprimés dans les états du Roi, que les libraires regnicoles sont obligés de nous fournir. Comme notre bibliothèque n’avoit pas alors de fonds fixe, cette collection a dû

nécessairement se faire un peu au hazard, et sans beaucoup de choix. De là est venu que tandis que les ouvrages les plus importans nous manquoient, nous étions surchargés d’un fatras de

livres inutiles, élémentaires, communs, étrangers même aux occupations de l’Académie; il s’y est trouvé jusqu’à des Sermonnaires, et des livres de priere et de Cantiques. Tout ce qu’il étoit

possible alors d’entreprendre de régulier, se réduisoit à rassembler et à continuer les Recueils des principales Sociétés Savantes, avec les journaux Littéraires les plus estimés.

Si, depuis que je suis chargé du Bibliothécariat, je n’ai pas remédié aux abus dont je viens de parler, c’est que j’ai voulu attendre une occasion favorable pour vous proposer cette réforme J’ai cependant empêché de mon mieux que le désordre n’augmentât, en n’admettant à la Bibliothèque que des ouvrages dignes d’y avoir place, et en faisant échanger ou revendre au profit de l’Académie, ce qu’il ne nous convenoit pas garder des livres fournis par les Libraires du pays. Nous avons fait une vente publique, il y a environ 4 années; elle a produit une somme dont j’ai rendu compte en son temps, et qui a été appliquée à enrichir la Bibliothèque de plusieurs acquisitions precieuses, et vraîment utiles. Nous allons en faire une autre dans peu; et je souhaiterois fort que l’on pût y comprendre tous les livres de la Bibliothèques même qui portent les caractères de réprobation que j’ai spécifiés. Le provenu de la vente, réuni au fonds annuel qu’il a plu à Sa Majesté de nous accorder, nous mettroit en état de remplir avantageusement les Vuides, et de donner désormais à la Bibliothèque plus de consistance, plus d’ordre, une forme plus régulière. Je pose en fait que, petite ou grande, toute bibliothèque doit être formée sur un plan, et que ce plan doit être proportionné aux moyens. Il vous est connu que nos moyens ne nous permettent pas de nous étendre fort loin. Ainsi je pense que nous devrions nous en tenir aux ouvrages principaux dans chaque genre, lesquels nous tâcherions d’acquérir peu à peu. Ceci peut encore servir de règle pour la réduction que je propose. Il faudroit donc rejetter d’abord tous les livres étrangers aux objets dont nous nous occupons, tous les livres de Théologie, de Jurisprudence, de Medecine pratique, tous ceux en un mot qui n’ont aucun rapport ou qu’un rapport fort éloigné aux travaux de l’Académie. Ensuite tous les ouvrages élémentaires, communs, peu coûteux, tous ceux dont aucun homme de lettres sauroit se passer dans son genre, dont il n’est pas à supposer qu’il manque, ou qu’il ne puisse acquérir sans beaucoup s’incommoder. De sorte que l’on ne conserveroit à la Bibliothèque que ce qui est important, rare, ou précieux.

Or sur l’un et sur l’autre de ces deux objets, je veux dire sur la Réduction et sur l’Augmentation, je demande, Messieurs, le secours de vos lumières, et de vos conseils.

Voici des Catalogues séparés de chaque classe des livres de notre bibliothèque, qui sont les mêmes que les Classes de l’Académie. Je prie Messieurs les Directeurs de vouloir bien les faire circuler chacun dans sa Classe, et Messieurs les Académiciens, à qui ces listes parviendront successivement d’exercer sur elles une Critique sévère et impartiale, dans les genres surtout où ils sont le plus versés, et le plus à portée de juger. Ils auront la bonté de mettre un signe à la marge vis à vis des livres auxquels ils croiront devoir donner l’exclusion. Lorsque le Catalogue me reviendra, j’en tirerai un dépouillement des livres rejettés, que je soumettrai, si on le désire, de nouveau à la révision de l’Académie.

Cette premiere opération faite, je prierai les membres de chaque Classe de dresser de concert une liste des livres dont l’acquisition leur paroîtra la plus utile, et la plus conforme à notre

nouveau plan, en supposant qu’il soit agréé. Quand j’aurai reçu ces 4 listes, je m’appliquerai à en remplir le but aux moindres frais possibles, et à mesure que les fonds de la Bibliothèque y suffiront. Je donnerai connoissance à l’Académie de chaque nouvelle acquisition, et je produirai les comptes signés à la Commission économique, comme cela s’est pratiqué jusqu’ici.

Merian

à Berlin le 2 Février 1769

Bibliothécaire de l’Académie